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vendredi 28 décembre 2007
Ces chrétiens qu'on persécute
Dans
un nombre croissant de pays, le simple fait d’être chrétien peut valoir
l’exil forcé ou la mort. Les défenseurs patentés des droits de l’homme
ont souvent tendance à l’oublier.
Une série d’événements
importants prouvent cette année que le Vatican n’est plus seul à
aborder la question de la survie des chrétiens et à dénoncer leur
persécution, souvent systématique, dans les chrétientés d’Orient et
d’Asie.
En juin, Doudou Diène, le rapporteur des Nations unies sur les
formes actuelles de discrimination, tirait officiellement la sonnette
d’alarme : «
Il y a actuellement une résurgence de cette christianophobie qui,
paradoxalement, a été ignorée dans les débats internationaux. »
Le Collège de France venait lui-même d’accueillir un colloque dont
l’intitulé, très universitaire – “Chrétiens du monde arabe : héritage
et avenir” –, signalait un constat lucide, invitant à une réflexion sur
ce thème.
Le 15 novembre, c’était au tour du Parlement européen de constater «
la multiplication d’épisodes d’intolérance et
de répression vis-à-vis des communautés
chrétiennes ».
Les députés européens adoptaient ce jour-là
une résolution sur « de graves événements
compromettant [leur] existence ».
Le lendemain, un colloque international, placé sous le parrainage
du ministère français des Affaires étrangères, posait cette question en
forme d’alerte : “Quel avenir pour les chrétiens d’Orient ?”
Après les récents assassinats de pasteurs chrétiens en Turquie (lire page 44) et le procès
stalinien du père Ly au Viêtnam, les insultes antichrétiennes
hebdomadaires du président vénézuélien Hugo Chávez, le bombardement du
sanctuaire marial de Madhu au Sri Lanka, les vexations subies dans
tant d’autres pays musulmans, hindouistes ou bouddhistes, le monde
commence à s’inquiéter du sort des chrétiens, plus particulièrement là
où ils sont le plus menacés : en Asie, au Proche et au Moyen-Orient.
Pour Régis Debray, qui s’exprime ce mois-ci dans le Monde des
religions, il ne s’agit pas « seulement de tirer un signal d’alarme
mais d’affronter, yeux ouverts, un problème essentiel de civilisation
». Le philosophe et médiologue est formel : « La question des minorités va s’imposer à nous comme la grande question du siècle. »
L’Onu et l’Union européenne en ont déjà pris acte :
les
persécutions actuelles sont nouvelles dans leur essence car les
persécuteurs sont des partis, des gouvernements ou des
nébuleuses
terroristes mettant en application des théories globales. Il ne
s’agit
plus d’individus isolés – un dictateur fou comme
Néron ou un “paumé” en
Belgique qui égorge le père De Leener en juin 2005
– mais d’initiatives
coordonnées appliquant des programmes réfléchis.
Les actes sont voulus,
prémédités. Ils s’inscrivent dans une
stratégie délibérée et cohérente.
On le vérifie dans les trois
sources principales du nouvel antichristianisme que sont l’islamisme,
les fondamentalismes hindouistes et bouddhistes, le communisme. Le
phénomène fondamentaliste musulman est depuis quelques années la
principale source de ces nouvelles persécutions. Pour comprendre sa
haine radicale du “croisé”, il suffit de lire les programmes des
mouvements les plus en vue, quelle que soit l’aire culturelle ou
ethnique dans laquelle il s’exprime.
Dans de nombreux pays, la simple lecture de la constitution –
établie sur la charia, la loi islamique – est
édifiante.
L’Arabie
Saoudite est le cas le plus typique. Le culte catholique y est interdit
aux centaines de milliers de chrétiens qui travaillent dans le pays.
Ils ne peuvent même pas se réunir chez eux, pour une simple prière !
Dans le nord du Nigeria, en Afghanistan, au Pakistan, en Indonésie, en
Malaisie, mais aussi en Algérie, depuis la loi “anticonversion” de mars
2006, la situation est quasi identique.
En Turquie,
tout élève qui parle en classe du génocide
arménien de 1915 est passible d’une punition.
L’Église
catholique turque demande sa reconnaissance officielle depuis 1970. En
vain jusqu’à aujourd’hui.
Pour faire bonne mesure, le gouvernement a confisqué, depuis
2002, les trois quarts des propriétés du patriarcat
œcuménique.
L’église du Saint-Sauveur de Pristina transformée en toilettes publiques
Au Turkménistan, les rares prêtres
présents doivent exercer leur ministère en faveur des seuls
ressortissants étrangers. Au Bangladesh, la minorité chrétienne se
garde bien de célébrer Noël, faute de protection policière. Au Kosovo,
placé sous la tutelle officielle de l’Otan et de l’Onu, plus de cent
cinquante églises et couvents ont été détruits depuis 1999. À Pristina,
la capitale de la province, l’église du Christ-Sauveur a été
transformée en toilettes publiques. Même dans les paisibles et
séduisantes Maldives, les dirigeants doivent être obligatoirement
musulmans sunnites. Le culte catholique y est prohibé.
Ces pays d’islam ont développé une pensée structurée, à la fois
philosophique et théologique, qui promeut la soumission ou
l’élimination de fait, puis de droit, du christianisme. Le processus
est toujours le même, afin d’instaurer un sentiment d’insécurité
permanente :
insultes, calomnies (comme dans les manuels scolaires égyptiens
ou les BD du Hamas), crachats au passage du chrétien, menaces.
À Diyarbakir, la grande ville du sud-est de la Turquie, le
principal imam a pu clamer dans un de ses prêches, sans apparemment
choquer les autorités :
« Les transferts d’organes sont licites sauf pour les prostituées, les
drogués et les chrétiens. » Progressivement, la pression est telle que
les jeunes filles chrétiennes se voient contraintes à porter le voile.
Cela se vérifie depuis quelques années au Liban ou en Palestine.
Les enlèvements de prêtres ou de
simples fidèles se sont multipliés aux Philippines et en Irak, à la
faveur d’une campagne de terreur. « Les chrétiens sont poussés à l’exil
pour fuir la violence de groupes fondamentalistes », constatait le 20 novembre le Secrétariat général du synode des évêques d’Asie.
Mgr Giovanni Lajolo, secrétaire du Saint-Siège pour les relations
avec les États, déplore la situation particulièrement douloureuse des
chrétiens au Moyen-Orient : « La
proportion des catholiques a été divisée par dix en Iran depuis 1973 et
ne représente plus que 0,01 % de la population totale. Sur la même
période, elle a été réduite de deux tiers en Irak, passant de 2,6 % à 1
%. En Syrie, les catholiques ne constituent plus que 1,9 % de la
population contre 2,8 % en 1973. Enfin, en Israël et en Palestine, elle
a été presque divisée par deux, passant de 1,9 % à 1 %. »
Ces départs affaiblissent les communautés
chrétiennes et réduisent la liberté d’action
de l’Église :
« La carence de liberté religieuse se manifeste en particulier par
des entraves à la communication entre communautés de fidèles et
évêques, entre les évêques et le pape, l’interdiction de créer une
conférence épiscopale ou l’obtention des visas pour les agents
pastoraux, la limitation de la construction d’églises ou encore
l’écartement de la vie publique. » Le
catalogue des persécutions sanglantes en terre d’islam est un long
martyrologe. Trop souvent, il semble laisser indifférent les défenseurs
patentés des droits de l’homme.
Le fondamentalisme hindouiste inspire pour sa part des partis
politiques importants comme le BJP (Bharatiya Janata Party fondé en
1980), très puissant dans certains États du sous-continent indien
(Arunachal Pradesh, Orissa, Madhya Pradesh, Chhattisgarh…). Selon leur
résultat électoral, ces partis exercent une forte influence sur les
gouvernements locaux ou ils participent directement au pouvoir
politique.
Leur idéologie vise la restauration de la “pureté originelle” de
l’hindouisme (ou du bouddhisme au Sri Lanka). Cette quête passe par
l’exclusion de tout ce qui est chrétien, tout ce qui est contraire à la
“race indienne”. Les actions ne sont pas toujours violentes mais elles
participent d’un “complot” comme l’a dénoncé, dès 2005, l’unique membre
chrétien de la Commission nationale des minorités en Inde.
Souvent tolérés ou soutenus par le pouvoir central, ces extrémistes
veulent “hindouiser” les esprits. Chaque année, le 25 janvier, ils
veulent par exemple contraindre les élèves des écoles chrétiennes à
observer le rite hindou du Surya Namaskar, cette pratique du yoga qui
vise à offrir une prière au dieu soleil. Ils appliquent aux dalits
chrétiens une véritable “double peine” en leur interdisant de
bénéficier des avantages inscrits dans la Constitution en faveur des
intouchables.
Leur situation est telle que le
secrétaire général du Conseil œcuménique des Églises a crié son
indignation : « L’Afrique du Sud a aboli l’apartheid, et c’est un péché
de le pratiquer en Inde au XXIe siècle. »
Cette stratégie de vexations répétées cherche à habituer les gens
aux actes plus violents, même les plus ignobles, comme les agressions
filmées et diffusées à la télévision de pasteurs protestants en avril
et en mai de cette année. La chape de plomb peut alors recouvrir une
région ou tout le pays et les chrétiens entrer dans un tombeau social
dont ils ne pourront plus sortir.
Bien qu’en retrait depuis une quinzaine d’années, le communisme reste l’une des grandes forces antichrétiennes de notre monde contemporain.
L’ouverture
des anciennes archives secrètes a permis de dévoiler l’horreur subie
par les chrétiens dans les anciens pays communistes. Le “Rapport sur
les persécutions religieuses en ex-URSS”, commandé par l’ancien
président russe Boris Eltsine en 1995, avait livré ce chiffre effrayant
: 200 000 prêtres assassinés par le régime soviétique !
Le “mur” du communisme n’est pas encore tombé.
En Chine, au Viêtnam, en Corée du Nord ou à Cuba,
la persécution se poursuit.
Le dossier de la Chine est particulièrement lourd, fait de
persécutions exercées au quotidien. Des évêques et de nombreux prêtres
sont détenus en prison. On ne sait rien de leur sort exact. Alors
qu’il s’apprête à organiser les jeux
Olympiques d’été, en août prochain
à Pékin, le régime communiste a déjà
prévu d’interdire aux délégations
sportives de se présenter avec plus d’une bible par
personne !
Thomas Grimaux est l’auteur de :
Le Livre noir des nouvelles persécutions antichrétiennes.
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