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mardi 19 juillet, 2005
Les conversions à
l'islam radical inquiètent la police française
Le nombre des Français convertis à l'islam est
impossible à établir avec précision.
Leur pratique religieuse est
généralement sans histoire. Néanmoins, le phénomène connaît un tel essor, ces
dernières années, que les Renseignements généraux (RG) y prêtent une attention
particulière.
D'autant que des convertis
sont apparus dans de nombreux dossiers terroristes instruits en France depuis le
11 septembre 2001.
Dans un rapport remis au ministre de
l'intérieur, Nicolas Sarkozy, à la fin du mois de juin, la direction centrale
des RG (DCRG) présente les conclusions d'une étude fouillée qui n'a pas
"valeur de recensement" sur 1 610 convertis.
Ceux-ci ont été détectés par les policiers en raison de leur prosélytisme
actif, de leurs activités délinquantes ou bien de leurs relations douteuses avec
des radicaux. Près d'un tiers ont des antécédents judiciaires ou sont "connus
défavorablement des services de police" . Parmi eux,
3 % "appartiennent ou
gravitent autour de la mouvance islamiste combattante" , selon la DCRG.
| Citation: |
La prison, un terreau fertile :
Les
renseignements généraux (RG) s'intéressent depuis plusieurs années à la
recrudescence des conversions en prison. Selon le rapport remis à la fin du mois
de juin au ministre de l'intérieur, parmi les convertis qui ont des antécédents
judiciaires ou sont connus des services de police, un peu plus de 10 % ont
découvert l'islam en prison. Le prosélytisme y est surtout le fait de détenus de
droit commun plutôt que de personnes impliquées dans des affaires terroristes.
Ce prosélytisme se manifeste essentiellement dans un rapport de forces
avec les autorités pénitentiaires ou les autres détenus. Les croyants demandent parfois l'aménagement d'une
salle de prière, des repas halal ou une aumônerie. Ils peuvent aussi
s'estimer victimes d'actes discriminatoires. Une fois en
liberté, près de 17 % des convertis à l'islam en prison ont intégré des groupes
islamistes radicaux ou leurs structures de soutien
logistique. |
Qui sont-ils, où
vivent-ils ?
Les convertis étudiés
par les RG constituent une population jeune, principalement masculine. L'âge
moyen est de 32 ans, les femmes représentent 17 % du total.
La carte
des convertis établie par les policiers indique une concentration dans les zones
fortement urbanisées où vit une importante communauté maghrébine pratiquante.
L'Ile-de-France,
Rhône-Alpes, le Nord - Pas-de-Calais, Provence-Alpes-Côte d'Azur et l'Aquitaine
sont les régions les plus concernées. Dans l'Est, malgré une
importante immigration de confession musulmane, mais à majorité turque, les
convertis sont peu nombreux.
Facteurs de
conversion.
Jeune Blanc des
banlieues sous influence, personne fragile, révolté à la recherche d'une cause,
opportuniste : il n'existe pas de profil type du converti.
Dans 37 %
des cas étudiés, l'environnement social et les fréquentations sont à l'origine
de l'apprentissage de l'islam.
C'est
essentiellement vrai pour les jeunes gens nés en France, dont un ou deux parents
sont originaires d'un pays du Maghreb et qui vivent dans les cités
sensibles.
Près de 44 % d'entre eux optent pour un islam
d'inspiration salafiste. "C'est le degré zéro de la religion, une succession de
postures rigoristes sans distance critique", souligne le chercheur Jean-Luc
Marret, de la Fondation de recherches stratégiques, qui a dirigé un ouvrage de
référence intitulé Les Fabriques du jihad (PUF, 2005).
Le mariage et le concubinage arrivent en deuxième
position (27 %) dans le choix de l'islam, suivi du prosélytisme (15 %).
La conversion lors d'un séjour en prison représente 4 % des cas. Les
convertis originaires d'Europe du Sud en particulier du Portugal sont
fortement représentés (9 %). Parmi eux, 60 % ont épousé une conception rigoriste
de la religion, celle des tablighis ou des salafites. Les Antillais représentent
5 % des convertis étudiés.
Parcours et
emploi.
Les conversions concernent en priorité des personnes jeunes,
en rupture avec l'éducation nationale. 49 % d'entre eux n'ont aucun diplôme.
- Chez les 15-19 ans, seulement 20 %
sont étudiants ou lycéens, alors que la moyenne nationale est proche de 95 %.
- Chez les 20-24 ans, seuls 6 % des
convertis étudient, contre un Français sur deux dans cette tranche d'âge.
-
En revanche, à partir de 50 ans, le
pourcentage s'inverse : les convertis à l'islam ont fait plus d'études que la
moyenne nationale (24 % contre 15,6 %).
La précarité sociale constitue
une circonstance récurrente de conversion relevée par les RG.
Plus de la moitié des
individus étudiés sont sans activité déclarée et un tiers officiellement sans
emploi.
"Le taux de chômage des convertis est, à lui seul,
plus de cinq fois supérieur à celui concernant la totalité des
Français" , note le rapport.
Au sein du panel étudié, plus de
31 % occupent des emplois à faible qualification (employés, ouvriers, personnels
de service).
Beaucoup travaillent en
particulier dans le secteur de la sécurité et du gardiennage ou sur les zones
aéroportuaires, hautement sensibles.
Le taux de
commerçants chez les convertis (4,5 %) est supérieur d'un point à la moyenne
française.
Les policiers soulignent qu'il s'agit surtout de "sociétés
modestes, relativement fragiles".
"Les convertis chefs d'entreprise sont
souvent de petits patrons ou des responsables d'entreprise individuelle ou de
société unipersonnelle" , précise le rapport.
Surprise :
près de 13 % d'entre eux "se
sont convertis pour des raisons socioéconomiques, autrement dit par
opportunisme" , ce qui témoigne, selon les RG, "de l'émergence de la communauté
musulmane en tant que puissance consommatrice" .
L'armée française est
également touchée par le phénomène des convertis.
Près de 3,5
% de ses effectifs ont embrassé l'islam, dont des officiers supérieurs.
Un
mariage ou des séjours à l'étranger expliqueraient la plupart des cas. En outre,
près de 2 % des 1 610 dossiers étudiés sont des enseignants. Certains ont adopté
une attitude prosélyte dans leur travail, selon les RG, citant l'exemple d'une
enseignante qui a voulu porter le voile dans une école primaire d'un village du
Puy-de-Dôme.
Le salafisme en plein
essor.
Deux mouvements jouent un
rôle décisif dans les conversions de Français à l'islam : le Tabligh (28 % des
cas étudiés) et le salafisme (23 %), alors que 30 % des convertis ne
semblent rattachés à aucun courant précis de l'islam.
En cinq ans,
notent les RG, le salafisme a suscité autant de conversions que le Tabligh en
vingt-cinq ans. Il se développe sur une idée de rupture par rapport à l'Occident
et à ses moeurs corrompues.
Les salafites
savent également utiliser les nouvelles technologies, surtout Internet, et
concilier la religion et les ressources financières.
Très actifs
au sein d'associations et autour des lieux de culte des cités, ils possèdent de
nombreux petits commerces dans l'édition, la restauration halal et la
téléphonie.
"C'est un moyen d'offrir des
emplois, de créer des solidarités locales , explique M. Marret. Le commerce
halal permet aussi, parfois, de blanchir de l'argent sale, comme la mafia avec
les pizzerias."
Les tablighis, eux, sont censés vivre de l'aumône.
Les salafites "profitent de la vague de réislamisation de la jeunesse
maghrébine dans les banlieues, initiée par le Tabligh" , résume l'étude des RG.
Mais les deux mouvements ne prospèrent pas selon les mêmes modes.
L'influence de l'environnement familial ou amical est déterminante dans près
d'un cas de conversion sur deux au salafisme.
C'est au contraire le
prosélytisme qui arrive en tête (33 %) pour le Tabligh, devant l'entourage (31
%).
Cela correspond bien à la nature de ce mouvement, qui s'appuie sur des
prédicateurs missionnaires, sillonnant les villes à l'instar des VRP.
Piotr Smolar, "Le Monde".
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