ISLAMISME.
La guerre sainte via Internet
Les services de police
ont répertorié une trentaine de sites
Internet en français qui diffusent de la
propagande islamiste virulente et des appels à
la violence.
LE 6 FEVRIER 2005, à 2 h 01,
un internaute écrit sur le forum de discussion
du site Al-Mourabitoune : "Qu'Allah protège
nos moudjehedeen." Un certain Shoyufat rejoint
les invités qui chatent et fait alors allusion
à l'arrestation à Paris de membres
présumés d'une filière d'envoi
de combattants jihadistes en Irak et à l'interpellation
là-bas de deux autres membres de cette filière
par les autorités américaines.
Une dépêche de l'agence Reuters, reprise
sur le forum, est agrémentée d'un verset
du Coran : "Certes, ceux auxquels l'on disait
: Les gens se sont rassemblés contre vous ;
craignez-les - cela accrut leur foi - et ils dirent
: Allah nous suffit ; Il est notre meilleur garant.
"
Ce site en français - comme une trentaine
d'autres recensés par les services de police
spécialisés - présente un nouveau
défi pour les policiers : celui de la guerre
sainte appelant à combattre les "mécréants"
en Irak et à glorifier Oussama ben Laden depuis
des sites enregistrés à Karachi, Jérusalem,
Londres ou New York. Al-Mourabitoune, créé
en mai 2004, ne se contente pas de diffuser des nouvelles
du front irakien : il diffuse des photos du pistolet-mitrailleur
Beretta SMG avec leçon de montage-démontage
de l'arme. Officiellement, cet outil de propagande
salafiste est recensé à Islamabad (Pakistan).
Qui se cache derrière Abu Malhamat, celui qui
a enregistré ce site ? "C'est souvent
impossible à déterminer, explique un
enquêteur. Nous n'avons pas de moyens juridiques
pour remonter jusqu'aux plates-formes à l'étranger."
Des recherches permettent de savoir que plus de la
moitié des utilisateurs s'y sont connectés
de France et qu'Al-Mourabitoune a succédé
à Assabyle.com, géré par un Français
de Belgique, Abdel Rahman As-Soury, et par le Centre
islamique belge. Ce dernier site avait été
fermé à la suite d'une plainte. "Le
jihad et le fusil, pas de négociation "
Al-Mourabitoune n'est pas un cas isolé. Le
site francophone Ansaar.info a été visité
par plus de 3,5 millions d'internautes. Sa page d'accueil,
exécutée avec soin, annonce la couleur.
La photo de Ben Laden est accompagnée de cette
devise : "Le jihad et le fusil, pas de négociation."Là
aussi, toute enquête paraît vouée
à l'échec : le site est enregistré
dans la bande de Gaza (Palestine). Les services spécialisés
semblent plus en position d'observer que de réagir.
Pourtant, les messages sont loin d'être anodins
: "On trouve même des recettes pour mener
la guérilla urbaine ou commettre des attentats",
s'inquiète un haut fonctionnaire.
Les Renseignements généraux de la préfecture
de police (RG-PP) disposent d'une unité spécialisée
dans la veille informatique. Lorsque des pages suspectes
sont repérées, l'information est transmise
à la police judiciaire, notamment à
l'OCLCTIC (Office central de lutte contre la criminalité
liée aux technologies de l'information et de
la communication). A la DST, une équipe est
également chargée de traquer ces combattants
du troisième type : "C'est d'autant plus
crucial qu'Internet est utilisé comme moyen
de revendication par les groupes islamistes",
note un enquêteur. Régulièrement,
la police reçoit des appels d'internautes choqués
par la violence des sites pro Al-Qaïda. Des pirates
de l'informatique prennent même l'initiative
de détruire tel ou tel site extrémiste.
Une chose est sûre : le Net permet aux «
fous de Dieu » d'assurer un endoctrinement.
Ainsi, Mohamed Karimi, considéré comme
le formateur de Farid Benyettou, l'homme à
l'origine de l'envoi d'une dizaine de jeunes Français
en Irak, avait été expulsé de
France vers le Maroc pour apologie du terrorisme.
Ce religieux radical a continué depuis l'autre
côté de la Méditerranée
à délivrer son enseignement par des
cours mis en ligne sur Al-Mourabitoune.
Christophe Dubois
Le Parisien , dimanche 20 février 2005
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